Carnet de Route 2007 – Pays Zafimaniry III

« Ce n’est pas parce que tu t’attends à prendre une baffe, qu’elle ne fait pas mal… »

Samedi dernier, Père Max nous avait prévenu : le village, situé à 60km d’Ambositra, difficile d’accès, que nous allions voir, est un des plus pauvres des Zafimaniry. Et pour cause, la piste qui y mène, réalisée il y a 3 ans, passe par des applombs impressionnants, et les fougères commencent à regagner du terrain, à tel point qu’il est difficile de la dinstiguer. Heureusement, Père Max est un conducteur hors pair et nous a mené à bon port ! Mais quel port… Un port oublié du monde, où la misère prend des proportions indescriptibles. « Il faut le voir pour le croire » comme répète souvent Francine, et ici encore les mots ne suffisent pas… Même les photos, sous le soleil de plomb, semblent impuissantes à la traduire. Nous faisons le tour du village, avec Père Max pour nous guider et nous décrire les différents problèmes du village, dont le principal : il ne reste que 10 hommes dans le village, les autres sont tous parti chercher du travail et de l’argent « à la ville », mais ne sont jamais revenus, laissant seuls et sans ressources, femmes et enfants… Impossible de rester insensible et surtout, inactif face à cette situation : nous nous mettons d’accord avec Père Max sur les actions que l’on pourrait mener pour améliorer la vie des villageois. Outre la piste (qui reliera tous les villages zafimaniry, comme je l’ai déjà expliquer, et simplifiera les transports), Fazasoma va acheter du riz pour la période de soudure (ie. la période entre la fin des stocks de nourriture et la prochaine récolte) et surtout, achetera des plants de patates et d’haricots verts, pour que les femmes puissent cultiver en période de soudure et atteindre une certaine indépendance alimentaire (comme ce qui a été fait au village d’Ivony).

Notre départ du village est précipité : une petite fille du village est gravement malade, et son oncle nous demande de l’amener à l’hopital. Nous voilà donc reparti, à 7 dans le 4×4 sur la piste escarpée, pour une visite inattendue à l’hopital 1h plus tard. La situation n’a pas changé : les malades doivent acheter un carnet de suivi médical, et bien sûr les médicaments prescrits… Sans compter que les malades doivent se faire apporter de la nourriture par l’extérieur ! La saleté des pièces et l’usure des équipements provoquerait un arret cardiaque à n’importe quel médecin occidental. Au passage, nous apprenons le prix a payer en cas de transfert à l’hopital d’Antsirabé (par manque de possibilité d’examens ou de soins) : 100000 ariary, soit 40€. Autant dire une sacré somme pour n’importe quel malagache moyen.

Sinon, depuis dimanche, la routine : orages, pluie, grêle l’après-midi, un petit tour à la CARITAS, recherche de devis de tôles et de fournitures scolaires, visite à Laurent (pour voir la toiture de sa maison et les sanitaires, dont la construction a été financé par Faza) et revisite à l’hopital très tôt ce matin avec Soeur Luigina pour une distribution de pain. La petite fille va beaucoup mieux, même si elle a encore de la fièvre et a été transférée dans le service des maladies infectieuses. Heureusement pour elle que nous étions de visite dans son village ce jour-là, sinon, comme disait le chef de village il y a une semaine, quand on lui demandait ce que faisait les villageois quand quelqu’un était malade : « on ne peut rien faire, on regarde juste… »

Le Chiffre du Jour :
- Le salaire mensuel d’une instit : pour 48h hebdomaire, 1 jour de repos hebdomadaire pris en 2 fois et 8 jours de congés par an… est d’environ 16€

Bises à tous Denis